Thématiques & défis

Le projet de l’EUR Archal vise à identifier et à analyser de façon diachronique et transculturelle les stratégies adoptées dans le passé face aux défis globaux. Il offre ainsi à la communauté scientifique une base de connaissances totalement inédite sur le sujet, tout en dressant l’enseignement de l’archéologie au cœur de préoccupations citoyennes.

Par la constitution de référentiels sur la longue durée, par la pluralité de ses domaines d’application, l’archéologie contribue, à la croisée de différentes disciplines, au développement de nouvelles méthodes adaptées aux spécificités des écofacts et artefacts archéologiques. Ce projet inclus ainsi une réflexion épistémologique sur l’apport de l’archéologie à la recherche fondamentale et sur ses retombées socio-économiques.

Dans un premier temps, les méthodes mobilisées pour identifier les défis du passé sont confrontées. Tout en tirant profit de la diversité des méthodes déjà maîtrisées par les enseignants-chercheurs et chercheurs impliqués dans le projet, cet axe va être renforcé par de nouvelles collaborations nationales et internationales. Cette approche interdisciplinaire s’avère indispensable pour une analyse globale et systémique des données archéologiques. L’EUR ArChal forme ainsi les étudiants aux techniques de pointe de l’archéologie, étape essentielle pour leur professionnalisation.

  • Défi 1 : Environnement et changement climatique

    Face aux enjeux environnementaux actuels majeurs, et afin de participer activement à la mise en place de stratégies de développement durable, il est nécessaire de réunir et promouvoir la collaboration entre les chercheurs des sciences de la nature et les archéologues. Si les données paléo-climatiques de plus en plus nombreuses permettent de proposer des modèles fiables des climats anciens (épisodes climatiques rapides de l’Holocène, crises hydrologiques, mauvaises années agricoles…), seule une exploitation rigoureuse des données archéologiques permet d’évaluer l’impact du climat sur le développement des sociétés.

     

    zouave

    Le zouave du pont de l'Alma pendant l'inondation de 2018 © France 3 Paris

    L’enseignement (formations Master/doctorat et season schools) proposent ainsi un aperçu diachronique et transculturel des changements environnementaux majeurs qui ont marqué l’histoire de l’humanité. Les stratégies adoptées pour faire face à ces changements tentent d’être identifiées et analysées. Lesquelles se sont avérées les plus efficaces ? Quelle fut leur portée, mais aussi leur impact sur l’organisation sociale, économique et politique ? Comment ces stratégies reflètent-elles les capacités de résilience des sociétés, des communautés, des individus ? Quel est enfin l’impact de ces changements sur les représentations collectives, les croyances, les symboles et les mythes, hier et aujourd’hui ?

    Ensuite les études des cas liés aux différents terrains d’études des partenaires (opérations archéologiques, chantiers-écoles, fouilles préventives) servent de projets pilotes afin d’explorer ces questions et les étudiants impliqués dans leur mise en place et leur réalisation (stages, sujets de Master et de thèse de doctorat).

    À titre d’exemple, la construction des terrasses, qui apparaît en Méditerranée dès l’âge du Bronze (environ – 3000 ans avant notre ère), s’avère une stratégie efficace pour lutter contre l’érosion liée aux précipitations violentes concentrées au printemps et à l’automne. À l’heure actuelle, alors que les inondations s’intensifient à cause du réchauffement climatique, un programme de recherche international sur la datation et les techniques de construction des terrasses, couplé à un projet de sauvegarde et de développement d’un écotourisme responsable, doit en découler. 

    La mise en culture des terroirs ruraux du Bassin parisien au cours de l’âge du Fer et de l’époque romaine a entrainé une érosion accrue des sols et a eu comme corolaire un colmatage d’un grand nombre de plaines alluviales. La préservation des zones humides est devenue actuellement un enjeu majeur pour la sauvegarde de la biodiversité. Les modalités d’adaptation des Tuamotu (Polynésie française) à un environnement insulaire aux ressources très limitées peuvent fournir des éléments de réponse face aux défis écologiques actuels dans la région et ailleurs dans le monde.

    lidar ArCham
    Image Lidar de l’épicentre de Naachtun © Projet Naachtun

    Les forêts, souvent perçues comme immémoriales, nous révèlent grâce à la télédétection par balayage laser (Lidar) de nombreux parcellaires, structures agraires et habitats. L’archéologie de la forêt peut et doit ainsi renouveler notre vision de la gestion des écosystèmes dans la longue durée, aussi bien dans des zones aujourd’hui plus ou moins peuplées du territoire français qu’en Amazonie ou en Amérique centrale où sont découvertes régulièrement de nombreuses traces archéologiques de civilisations disparues. 

  • Défi 2 : Pouvoir et inégalités
    Borondo

    Borondo, Indigente durmiendo en la calle, rue Tribulete, Madrid, 2011
    Photo : Guillermo de la Madrid

    À l’heure où la réduction des inégalités est un axe majeur traité par les États membres des Nations Unies (horizon 2030), l’étude dans la longue durée des différents mécanismes d’instauration et de reproduction des inégalités, mais aussi des stratégies développées pour leur diminution, offrira à la communauté un aperçu global sur le sujet, jusqu’alors inédit. Il conduira à une production scientifique, mais aussi à des actions citoyennes qui mettront de mettre en avant et en action les mécanismes qui favorisent la réduction des inégalités. Ainsi, il nous semble important de mettre en place de conférences regroupant les différents acteurs socio-économiques, mais aussi d'organiser des évènements culturels et scientifiques citoyens.

    Le cadre théorique et les outils méthodologiques qui permettent d’identifier les inégalités sont, dans un premier temps, présentés durant les programmes d’enseignement et season schools de l’EUR. Ainsi sont évalués les apports respectifs des différentes données, issues de l’archéologie (mobilier, habitat, tombes, gestes, etc.), de l’anthropologie physique (paléo-pathologies, lésions ostéologiques, etc.), de l’iconographie et des textes.

    À travers des études comparatives et transversales, nous recherchons les formes que ces inégalités peuvent revêtir dans les différents contextes chrono-culturels : durant la diffusion d’homo sapiens puis l’adoption d’une économie agropastorale, au sein de sociétés dites « égalitaires » ou lors de la mise en place des chefferies complexes, des premières tentatives d’urbanisation et de l’adoption d’une organisation étatique de type royal ou impérial.

  • Défi 3 : Conflits, mobilités et migrations

    Ces trois défis sociétaux actuels majeurs, conflits, mobilités, migrations, alimentent jusqu’à nos jours des discours nationalistes et essaiment des poncifs. Dès la naissance de la discipline, les données archéologiques ont été instrumentalisées pour alimenter ce discours. Dans la continuité des travaux déjà effectuées par des membres de l’EUR ce volet d’enseignement et de recherche (journées d’études, les programmes d’enseignementseason schools séminaires doctoraux) vise, en collaboration avec différents acteurs du monde socio-économique telles que les collectivités territoriales, institutions du patrimoine et associations, à sensibiliser les citoyens sur les dangers et les dérives des discours identitaires qui en découlent.

    En réunissant archéologues, anthropologues, historiens et épigraphistes, un premier cycle de l’enseignement (Master/doctorat) est consacré aux diverses formes de conflit attestées par les différentes sources de données. Ces dernières sont essentielles pour révéler la construction du discours autour du conflit, ainsi que ses différentes représentations.

    Notre objectif est également d’évaluer comment l’archéologie des conflits modernes et contemporains (première et seconde guerres mondiales, fosses communes du franquisme, etc.) peut renouveler notre regard sur des événements historiques récents. Les questions éthiques concernant le traitement des restes humains et des vestiges matériels issus de ces contextes sont également au cœur des sujets traités.

    Un second volet est consacré aux destructions volontaires, incendies, pillages dont les premières attestations archéologiques remontent au Néolithique. À l’heure où les émotions patrimoniales (D. Fabre) s’éveillent devant les destructions massives de sites archéologiques dans le contexte des conflits au Moyen-Orient, que peut-on apprendre du passé ? Comment les sites détruits ont-ils été gérés par les populations ? Abandon, réoccupation, incorporation, commémorations, sont les aspects principaux traités.

     

    migration

    Des réfugiés rohingyas traversent la frontière (Bangladesh, 2017)
    © HCR/Roger Arnold

    Un troisième cycle porte sur les mobilités des personnes ou des groupes et les déplacements de populations. Les paramètres qui conduisent aux différents modes de mobilité (conflits, pressions démographiques, climatiques, ou encore appel à la découverte) et aux migrations sont traités à travers des études de cas concernant les différentes aires chrono-culturelles envisagées par l’EUR ArChal. Par ailleurs, les mécanismes d’assimilation, de métissage, de rejet ou de refus entre groupes sont aussi analysés.

  • Défi 4 : Techniques et innovation
    TP lithique, 2017

    Cet axe de recherche tire profit des compétences confirmées des partenaires, dans le domaine de l’analyse technologique du mobilier (outillage lithique et osseux, céramique, métal, etc.), des vestiges architecturaux (architecture en terre, en pierre, en bois) et des formes anciennes du paysage (voies, parcellaires, enclos, terrasses de culture, forêts, etc.). Les avancées récentes, notamment dans le domaine de la caractérisation des matériaux, de l’étude des traces de fabrication et d’utilisation, mais aussi de l’analyse des écofacts, impliquent des développements méthodologiques constants, nous conduisant ainsi à faire appel aux nouvelles technologies (microscopie 3D, photogrammétrie, Systèmes d’Information Géographique, télédétection). Dans cette perspective, nous développons des collaborations avec des spécialistes, en particulier des ingénieurs, géologues, géographes, géomaticiens, ou encore des chimistes. Enfin, nous encadrons des sujets de Master et de thèse, à fort potentiel d’innovation technologique.

    L’analyse technologique du mobilier et des structures nous amène à restituer les modalités d’invention, de diffusion et de transferts techniques, d’apprentissage et de transmission du savoir-faire. Un accent particulier est porté sur la notion d’innovation, enjeu stratégique actuel. Si notre société recherche « l’immédiateté de l’innovation », les données archéologiques montrent, comme en psychologie et en sociologie, que seul le « jugement culturel et communautaire » (Gardner 1993) peut transformer sur le long terme l’invention en innovation. Notre collaboration avec la Freie Universität de Berlin et d’autres laboratoires experts dans le domaine, garantit la faisabilité de ce projet ambitieux.

    Filet

    À l’heure où l’innovation est considérée comme moteur du développement durable, que peut nous apprendre le passé ? Le registre archéologique nous livre une multitude de solutions « utilisables » pour l’avenir sur le recyclage des objets (ex : amphores), la valorisation des plantes sauvages (ex : vannerie) ou des déchets (ex : sous-produits agricoles, scories), sur les détournements de fonction ou encore les métamorphoses de lieux.

  • Méthodes
    METHODE-THEMATIQUES_ET_DEFIS

     

    Le projet pédagogique de l’EUR vise à promouvoir une formation au plus près des développements méthodologiques actuels de la recherche de pointe et de l’innovation, en particulier pour les méthodes d’analyses des vestiges archéologiques à l’aide de nouvelles technologies.

    L’accent est mis sur la formation aux méthodes d’acquisition et de traitement des données archéologiques avec les outils numériques de la Digital archaeology.

    Les domaines concernés sont :

    • La prospection et les techniques de relevé (topographie et réalisation de modèles numériques de terrain et de relevés de décapages archéologiques à l’aide de tachéomètres laser, GPS différentiel, drone, scanner laser sur trépied).
    • L’enregistrement et le traitement des données sur les artefacts (systèmes d’information archéologique, géographique, de collection, statistiques et traitements numériques).
    • Méthodes d’analyse microscopiques et physico-chimiques qui permettent de caractériser les matériaux, les écofacts (restes carpologiques et ostéologiques), les traces d’usure (loupes binoculaires, microscopes optiques et confocaux, Microscope Électronique à Balayage-MEB), méthodes d’analyse élémentaire (diffraction X, microscope avec analyse à la microsonde électronique).
    • Analyse d’images, modélisation 3D et impression 3D (photogrammétrie, lasergrammétrie et impression 3D)

    Le recours aux technologies numériques est en effet essentiel, pour partager et diffuser les savoirs. Au sein de notre EUR, leur enseignement se fait grâce à la mise en place d’ateliers méthodologiques basés sur la pratique et l’interactivité.